Le réseau des Océanistes

Economies, du local au national

Présidents de Session : Anne-Marie d’Hauteserre et Lorenzo Brutti

Notre session a permis d’être un lieu d’échanges d’idées sur le devenir économique du Pacifique Sud, en particulier insulaire. Nous verrons par la suite que l’économie n’était pas le seul souci des exposants mais il a tout de même servi de base à l’organisation de la session 16, intitulée « Economies : du local au national ». Il y eut même une présentation sur l’organisation interne des entreprises. Dix personnes ont participé à la séance de 14:30 à 18:20. Ces 20 minutes supplémentaires en fin de journée ont permis aux présentateurs de pouvoir bénéficier d’un temps raisonnable, que tous ont accepté et respecté, pour offrir leurs idées et d’ouvrir une discussion fructueuse pendant ces 20 minutes supplémentaires. Cette discussion a en effet permis un rapprochement entre les différentes perspectives offertes et entre chercheurs qui pourront désormais savoir à qui s’adresser pour des collaborations futures.
Une des formes économiques développées au cours de cette session fut le tourisme. Le tourisme a longtemps été un sujet tabou de la recherche, universitaire ou autre, car trop proche du ludique ; c’est cependant une forme de développement qui pourrait permettre un certain apport économique (toutes conditions ne changeant pas trop quant aux voyages aériens) car l’Asie, qui borde la moitié nord-occidentale du Pacifique pourrait bien devenir une fontaine importante de visiteurs ainsi que l’a signalé Benjamin Taunay au sujet de la Chine. On a pu découvrir que le tourisme a de nombreux visages : du rôle de la dénomination de ‘Patrimoine Mondial’ (les iles Belep en Nouvelle Calédonie), à la tradition mise en scène dans les hôtels à Fidji, en passant par son utilité comme outil de développement ; on a découvert aussi que la Chine est devenue un marché important pour le sud pacifique et que l’indigénisation du tourisme (le contrôle du développement touristique par la population indigène locale) en Australie prend de l’ampleur et permet d’asseoir l’identité de groupes indigènes sans dénaturer leur culture. L’exemple utilisé par Céline Travési était les Bardi de l’Australie de l’ouest au sud ouest des Kimberley. Il semblerait que le tourisme leur permettrait un flux de revenus tout en contrôlant le genre d’expérience culturelle qu’ils offrent. On aurait aimé savoir si ce flux était suffisant pour permettre à cette forme de tourisme de durer.
La société mélanésienne décrite par Lorenzo Brutti, elle, ne bénéficie pas du principe d’indigénisation puisque la destination est un ‘resort’ financé de l’étranger, coupé du reste du pays par une clôture et dont les résidents partent voir un spectacle dit mélanésien mais de durée et d’immersion limitées. Les fidjiens risquent de ne recevoir que des bénéfices minimes et de faire le « deuil de leur culture traditionnelle ». Les Iles Bélep font partie de ces destinations dont l’enchantement, pour certains touristes, est leur éloignement. Encore faudrait-il que le tourisme s’y intéresse, ce que l’inscription au patrimoine mondial pourrait provoquer. L’accueil de touristes exigerait une préparation qui n’existe point, comme l’indique Dolores Bodmer . Mathias Faurie aussi s’inquiétait du développement du tourisme à Ouvéa où le patrimoine culturel est déjà en danger de disparaitre et l’environnement fragile. Marieke Blondet décrivit la situation aux Samoas américaines où le soutien du gouvernement fédéral pour le tourisme se fait par le biais d’un parc national mais les enjeux politiques et monétaires locaux qu’il a engendrés dominent le débat.
La situation est un peu semblable à celle du pacifique français en général, présentée par Anne-Marie d’Hauteserre. Les subventions des gouvernements coloniaux (Etats Unis et France) éliminent le besoin de créer un produit touristique attrayant et l’action touristique tombe souvent entre les mains d’investisseurs étrangers, attirés par des avantages fiscaux, avec leurs conséquences négatives, comme celles décrites pour Fidji. Elodie Fache aborda un sujet semblable en Australie du Nord où les Aborigènes voudraient se libérer des subventions de l’état, ce qui leur donnerait une plus grande autonomie politique. Mais ici aussi les ressources pour un développement économique sont limitées bien qu’on ne parle pas de tourisme. Le tourisme n’est pas une panacée car il dépend lui aussi d’une certaine richesse pour entrainer une dépense importante par les visiteurs.
Jean-Louis Rallu a examiné les possibilités de croissance économique d’après une approche démographique. Il a ainsi démontré que si les familles ont moins d’enfants, elles et le gouvernement ont moins d’obligations, ce qui libère du capital à investir. Encore faut-il que les familles, ou du moins certains membres, puissent obtenir un emploi qui procurera des revenus monétaires. Le problème devient donc la création d’emplois, que le tourisme est supposé résoudre ! Certaines nations du Pacifique dépendent des subventions de membres de la famille qui ont émigré pour trouver un emploi, ce qui entraine la consommation d’importations aux dépens de la production locale. Jean Pierre Ségal, lui, a abordé les relations de travail au sein des entreprises en Nouvelle Calédonie où le taux de conflictualité sociale est huit fois plus élevé qu’en France, accompagné d’absentéisme, d’une productivité très basse et de changement d’emplois fréquents. Ces conflits sont certainement dus à un hiatus profond entre les repères sociaux des Kanak et les perspectives européennes sur le travail. Ces caractéristiques ne risquent guère de favoriser le développement du tourisme, mais peut être que son indigénisation retournerait cette situation.
Les présentations ont ouvert de nombreux horizons dans le Pacifique car il s’agit d’une grande région. Même si on y travaille depuis longtemps et qu’on a eu l’occasion d’y voyager, il reste toujours de nombreuses zones inconnues mais que d’autres ont étudiées. Chaque présentateur a aussi sa spécialité académique et il est rafraichissant d’entendre les résultats dans d’autres domaines ou des perspectives différentes de recherche. Les questions ont prolongé cette ouverture sur de nombreux sujets concernant le Pacifique sud.

Anne-Marie d’Hauteserre, Docteur-es-Lettres
University of Waikato.
 

Appropriation et gestion "indigène" d'un tourisme dit "culturel" : le cas des Australiens Aborigènes Bardi
Travési, Céline (UER Tourisme)
Bélep de "l'île oubliée" au bien de l'Humanité, quel pas ?
Bodmer, Dolorès (UFR Géo BDX 3)
Dynamiques et enjeux de la patrimonialisation à Ouvéa, Nouvelle-Calédonie. Le « tout patrimoine » limitera-t-il l’érosion des savoirs kanak ?
Faurie, Mathias (PRODIG/US ESPACE)
L'entreprise calédonienne, lieu de confrontation et d'apprentissage interculturels
Segal, Jean-Pierre (LISE )
Le musée vivant: l'offre de la “tradition” dans l'industrie hôtelière à Fidji.
Brutti, Lorenzo (CREDO)
Le tourisme comme outil d'autonomie économique dans le Pacifique français
d'Hauteserre, Anne-Marie (UW)
Le tourisme dans l'aire Pacifique : l'importance nouvelle de la Chine
Taunay, Benjamin (LIENSs)
Parc national des Samoa américaines: un outil de développement pas anodin
Blondet, Marieke (IRIS)
Population et Développement, le MIRAB face aux OMDs
Rallu, Jean Louis (INED)
Savoirs indigènes, environnement et développement économique en Australie du nord
Fache, Elodie (CREDO)