Le réseau des Océanistes

La santé dans le Pacifique

Présidente: Fabienne Labbé (CREDO)

La participation à cette session fut quelque peu décevante compte tenu de l’importance d’une réflexion sur les enjeux de santé affectant les sociétés océaniennes contemporaines. Alors que seulement quatre personnes avaient manifesté leur intention de participer à la session, trois ont finalement pu assister au colloque. Si l’assistance était au rendez-vous (douze personnes environ), on ne pouvait toutefois que constater le manque de représentation d’un des genres, un seul homme s’étant déplacé pour la session. Du côté des panelistes, ce déséquilibre était également observable avec trois conférencières contre aucun conférencier. La santé serait-elle un domaine de recherche intéressant surtout les femmes? Serait-ce qu’aux soins aux malades et à l’accompagnement thérapeutique, très souvent domaine des femmes dans les sociétés océaniennes, correspondrait un intérêt lui aussi essentiellement féminin chez les chercheurs étudiant ces sociétés?

Les trois exposés entendus dans le cadre de cette session ont néanmoins montré la richesse des recherches francophones actuellement en cours sur la santé dans le Pacifique. Les travaux de Marie-José Schmidt-Ehrmann sur la dengue en Nouvelle-Calédonie ont ainsi montré comment l’approche géographique des cartes mentales permettait d’étudier les représentations de jeunes Calédoniens sur la distribution spatiale de la dengue et, par ce biais, d’étudier leur évaluation du risque sanitaire. Les travaux de Yasmina Taerea sur le suicide en Polynésie française, pour leur part, ont montré comment la prise en charge du suicide par une association de prévention des conduites suicidaires (SOS Suicide Tahiti) et des partenaires institutionnels s’accompagnait d’une médicalisation du phénomène social et impliquait une transformation du mal-être en intentions suicidaires puis en maladie. Mes travaux sur l’infection à VIH à Fidji, quant à eux, ont souligné l’importance d’une approche centrée sur le vécu de la maladie et s’intéressant à la mise en sens de l’infection, aux parcours thérapeutiques des personnes affectées ainsi qu’aux continuités et perturbations biographiques occasionnées par le VIH dans la vie des individus.

Les trois exposés entendus dans le cadre de cette session ont également été l’occasion d’identifier des pistes de recherche pour l’avenir. L’exposé de Yasmina Taerea a ainsi souligné l’importance d’étudier le suicide du point de vue des personnes ayant des intentions suicidaires et, notamment, d’explorer le phénomène dans ses articulations au concept polynésien de fiu, qui renvoie à un état de mal-être caractérisé par la fatigue, la mélancolie, la lassitude et l’ennui. Mon propre exposé, pour sa part, a été l’occasion de mentionner certains thèmes de recherche touchant de près à celui du VIH et méritant, à mon avis, investigation. C’est le cas, entre autres, des infections sexuellement transmissibles très prévalentes dans l’ensemble du Pacifique ainsi que des violences physiques et sexuelles commises contre les femmes. Il ne fait finalement aucun doute que l’approche des cartes mentales adoptée par Marie-José Schmidt-Ehrmann dans ses travaux sur la dengue en Nouvelle-Calédonie présente un grand potentiel pour l’étude des représentations du risque face à d’autres maladies infectieuses.

L’actualité océanienne nous indique toutefois que des travaux en sciences humaines et sociales sur la santé sont aujourd’hui plus que jamais nécessaires. La publicisation récente des résultats de recherches faites par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur l’obésité nous rappelle que le surpoids est un enjeu important confrontant aujourd’hui les sociétés du Pacifique. On ne peut donc que regretter que Christophe Serra Mallol n’ait pu venir nous présenter les résultats de ses travaux sur les pratiques alimentaires en Polynésie française. Les sociétés océaniennes, comme d’ailleurs le reste du monde, sont également de plus en plus au prise avec les enjeux associés aux maladies qu’on appelle «de la civilisation» (diabète, maladies cardio-vasculaires, hypertension, etc.). Ces maladies induisent des pressions sur des systèmes de santé déjà fragilisés par les problèmes de financement et de rétention de personnel et occasionnent des débats et tractations autour des priorités à adopter en matière de santé. Le cas de l’octroi des fonds pour la prévention du VIH est un exemple de ces processus de négociation qui définissent les enjeux de santé en Océanie et qu’il est fondamental d’examiner. La récente augmentation des cas de choléra en Papouasie-Nouvelle-Guinée et de typhoïde à Fidji nous rappelle finalement que ces problématiques ne sont pas choses du passé et que les conditions sanitaires minimales pour le maintien d’une bonne santé ne sont pas toujours existantes dans le Pacifique. L’étude de la santé en Océanie passe donc également par l’investigation des facteurs structuraux limitant les individus dans leurs possibilités d’atteinte de l’état de santé. Ces pistes de recherche ainsi que celles développées dans le cadre de cette session appellent toutes à la nécessité d’une attention renouvelée pour la santé dans le Pacifique.

Bien manger, c'est manger beaucoup en Polynésie
Serra Mallol, Christophe (IIAC)
Information et communication sur les maladies transmissibles : Le cas de la dengue à Nouméa
Schmidt-Ehrmann, Marie-José (Université Paris1 )
Le suicide et sa prévention en Polynésie française: Le cas de la prise en charge du suicide par une association
Taerea, Yasmina (CREDO)
Étudier l’infection à VIH dans le Pacifique : bilan et perspectives
Labbé, Fabienne (CREDO)