Le réseau des Océanistes

L'enseignement aujourd'hui et demain

Présidente: Magali Hardouin (Espaces géographiques et sociétés)

Nous avons décidé de retranscrire ici, non pas les communications stricto sensu (elles seront accessibles par la suite) mais un résumé de celles-ci ainsi que les remarques et les réflexions les plus pertinentes  du public suite aux exposés.

Bilinguisme à l’épreuve
Nocus, Isabelle (Laboratoire Labécd)

Résumé :
Cette communication présente d'abord les résultats d'une recherche longitudinale de 3 ans visant à évaluer les effets d'un dispositif d'enseignement des langues polynésiennes à l'école primaire, expérimenté par la Polynésie française depuis janvier 2006 (Nocus, Guimard et Florin, 2009 ; Nocus, Guimard, Vernaudon, Paia & Florin, soumis). 421 élèves de petite (PS), moyenne (MS) et grande (GS) section maternelle, issus de 13 écoles de Tahiti et de Moorea, ont été évalués cinq fois en 3 ans (début et fin d'année scolaire).
Dans un second temps, la communication présente les premiers résultats de la recherche « Ecole Plurilingue Outre-Mer » (ECOLPOM, 2009-2011), réalisée simultanément en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et en Guyane (contrat ANR). Il s'agit d'étudier l'impact global des programmes bilingues sur les compétences langagières des élèves en langue locale et en français, la maîtrise de l'écrit et des mathématiques, et plus largement leurs comportements et compétences scolaires et leur développement personnel. Le programme implique 450 élèves suivis du CP au CE1, dont la moitié participe à un enseignement bilingue, l'autre moitié servant de groupe contrôle, avec un enseignement uniquement en français. Un axe sociolinguistique évalue en outre les effets de l'enseignement bilingue sur les représentations linguistiques et les pratiques langagières des partenaires de l'école.

Questions/Remarques :
L’exposé d’Isabelle Nocus fait réagir une personne du public qui met en avant le processus « d’injonction de la démonstration ». On doit faire la preuve de l’innocuité et de l’intérêt d’une telle réforme.
Une autre question : Quid de la méthodologie de recherche quantitatif/qualitatif ?
Isabelle Nocus explique qu’il y aura des enquêtes réalisées en sociolinguistiques et en sciences de l’éducation avec des entretiens, des vidées, donc du qualitatif et du quantitatif, ce qui fait l’originalité du programme. Le travail de groupe est bien un travail pluridisciplinaire, travaillant à la fois le quantitatif et le qualitatif.
Une autre question concerne les indicateurs choisis, le fait d’avoir choisi un groupe homogène. Isabelle Nocus fait observer qu’il n’y a pas de groupe homogène mais que l’on a de l’hétérogénéité dans les deux groupes étudiés, hétérogénéité qui se compense. Le groupe d’étude a choisi les mêmes catégories socioprofessionnelles dans les deux groupes, le but étant de comparer ce qui est comparable.
L’enquête va également introduire la variable « profil linguistique des élèves », locuteurs, non locuteurs, et également des analyses différentielles en fonction du niveau scolaire de l’enfant.
Un questionnaire pour les enseignants au niveau du comportement et des compétences scolaires des élèves et en fonction de ce qui sera dit, il sera possible de faire une analyse différentielle.

Autour d’un mot d’ordre : penser la décolonisation de l’école. Une comparaison Hawai’i/Nouvelle-Calédonie.
Salaün, Marie (IRIS)

Résumé :
Hawai'i et la Nouvelle-Calédonie sont engagés aujourd'hui dans des réformes scolaires visant à prendre en compte les revendications autochtones d'une adaptation de l'école aux réalités culturelles et linguistiques locales. Après un rappel des attendus de ces réformes, cette communication présentera un certain nombre de dispositifs qui visent à répondre à ces revendications, dispositifs qui mettent à l'épreuve les deux modèles nationaux d'intégration par l'école. Parce qu'ils rentrent mal dans les typologies des modèles d'enseignement bilingue et/ou d'immersion à notre disposition, cette communication proposera un modèle théorique alternatif permettant de les classer. Archéologie et enseignement du passé à l'école dans un pays en construction : le cas calédonien

Programmes scolaires, enseignement et Nouvelle-Calédonie : un enjeu politique majeur pour un territoire en marche vers l’indépendance
Hardouin, Magali (UMR ESO)

Résumé :
On a longtemps reproché à la France d'enseigner des thématiques totalement déconnectées de la réalité des territoires de l'outre-mer. D'aucuns pensent encore aujourd'hui que l'enseignement proposé dans les territoires d'outre-mer ne prend pas assez en compte les spécificités de ces entités et qu'il prône une idéologie néocoloniale. José Bové n'a-t-il pas indiqué dans sa profession de foi à l'élection présidentielle de 2007 qu'il était nécessaire de décoloniser les programmes scolaires ? L'article veut porter son attention sur les programmes scolaires enseignés aujourd'hui dans un territoire d'Outremer particulier, celui de la Nouvelle-Calédonie. Au sein de l'outre-mer, la Nouvelle-Calédonie occupe une place particulière. La Nouvelle-Calédonie devient possession française le 24 septembre 1853 et jusqu'à la seconde guerre mondiale, cette colonie ne fait guère parler d'elle. C'est lors de la seconde guerre mondiale, avec la guerre du Pacifique que se fait le réveil politique et économique de cette colonie. Sa place géopolitique devient progressivement prépondérante. Son histoire a été longtemps marquée par les divisions. Depuis plus d'un siècle, des communautés cohabitent, riches de leurs histoires respectives. Ces communautés n'ont pas toujours réussi à trouver une voie commune pour construire l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Rappelons-nous les déchirements qu'elle a connus au cours des années 1980. Depuis les accords de Matignon (1988) et les accords de Nouméa (1998), les Néo-Calédoniens essaient de définir les contours d'une citoyenneté calédonienne. Grâce aux accords de Nouméa, la Nouvelle-Calédonie est compétente pour les programmes scolaires du primaire. Pour le secondaire, le transfert de compétences est prévu pour 2009. Actuellement, les programmes du secondaire sont issus d'une adaptation des programmes nationaux.

Questions/Remarques :
Une personne fait remarquer que si l’on utilise d’autres ouvrages, on continue à utiliser les concepts occidentaux et une représentation de l’espace occidentale. Ainsi, on ne parle pas de l’axe terre-mer, qui est au cœur même des représentations du monde kanak. Rien au niveau des concepts n’a changé.

Une personne rebondit sur les Ecoles Populaires Kanak et rappelle que ces écoles ont émergé de l’idée de Jean-marie Tjibaou mais que leurs mise en place s’est faite assez loin de cette idée initiale, d’où peut être un échec.

Archéologie et enseignement du passé à l'école dans un pays en construction: le cas calédonien
Sand, Christophe (IANCP)

L’auteur de la communication fait part de son malaise : il pensait croiser des wallisiens, des tahitiens et des kanak et se demande si les objectifs à l’initiative de la manifestation sont bien respectés. Après avoir fait la coutume ; l’orateur débute sa communication.

Résumé :

À la sortie des événements politiques violents du milieu des années 1980, la Nouvelle-Calédonie a choisi de s'engager sur une refondation sociale entre les différentes communautés. Cette démarche a engendré en particulier une réflexion à multiples voix sur le sens de l'histoire et la rédaction du passé pour un pays en cours de construction. Dans le cadre de cette dynamique, le développement d'une archéologie menée localement pour le compte des institutions provinciales, a produit au cours des deux dernières décennies un nombre considérable de nouvelles données sur les 3 000 ans d'histoire humaine de l'archipel. Ces résultats ont entraîné une nécessaire évolution du discours sur le passé, articulé sur une légitimation du long processus historique kanak, tout en montrant les dynamiques culturelles évolutives qui ont marqué les sociétés océaniennes au cours du temps. Une ré-analyse de fond sur l'importance de l'impact des premiers contacts, ainsi que la légitimation d'une histoire non-kanak à travers en particulier le bagne, ont montré la complexité d'une chronologie bien loin des schémas réducteurs proposés dans les années 1980. Cette présentation se propose d'analyser ces éléments historiques face aux questionnements soulevés lors de la rédaction des manuels scolaires calédoniens. Dans le processus éminemment politique en cours, ces expériences ont montré la difficulté à intégrer différentes voix sur le passé dans un discours cohérent accessible aux enfants du pays.

Questions/Remarques :
Suite à l’exposé, la salle discute de l’objectif de cette initiative « Livre blanc ». Suite à de nombreuses remarques, Christophe Sand rappelle que la population de la Calédonie est variée et que la Calédonie d’aujourd’hui n’est pas la Calédonie d’il y a 30 ans.

Archéologie et enseignement du passé à l'école dans un pays en construction: le cas calédonien
Sand, Christophe (IANCP)
Autour d’un mot d’ordre : penser la décolonisation de l’école. Une comparaison Hawai’i/Nouvelle-Calédonie.
Salaün, Marie (IRIS)
Bilinguisme à l’épreuve
Nocus, Isabelle (Laboratoire Labécd)
Programmes scolaires, enseignement et Nouvelle-Calédonie :un enjeu politique majeur pour un territoire en marche vers l’indépendance
Hardouin, Magali (UMR ESO)